Entre propos vulgaires et agitation à outrance, la défense s’agrippe sur la nullité de la procédure et la partie civile veut rétablir la dignité du magistrat.

Ce jeudi 03 juin 2021, on a assisté à un véritable film hollywoodien où Madiambal Diagne tirait à bout portant sur ses détracteurs devant la barre du tribunal Correctionnel de Dakar. Les faits : Tout a commencé le dimanche 28 mai de 11h à 12h, lors de l’émission Grand-Jury où Madiambal Diagne a révélé que Souleymane Téliko a été épinglé dans un rapport officiel par l’Union européenne pour avoir perçu des frais de mission pour aller au Tchad concernant l’affaire Hussein Habré, alors qu’il a été totalement pris en charge par le gouvernement tchadien. « L’Union européenne a protesté devant le gouvernement du Sénégal », avait soutenu le journaliste.

 

Interrogé sur la véracité de ses propos, il soutient avoir les preuves de ses allégations. « Je suis poursuivi pour dénonciation calomnieuse. J’ai accepté de venir devant votre juridiction, car je suis citoyen et j’ai confiance en la justice de mon pays. J’ai dit et j’assume que le magistrat Souleymane Téliko a reçu des frais de mission d’un montant de 8 millions 600 pour une mission au Tchad. Il a commencé à rembourser par voie de moratoire », a-t-il affirmé. 

 

Interrogé à son tour, Téliko a fait savoir que cet homme s’est acharné sur moi. On lui avait posé une question sur l’indépendance de la justice. Et il s’attaque à moi.  « Tout le monde me demande, depuis quelques mois, ce qui se passe entre lui et moi. Je ne le connais pas. On n’a jamais travaillé. ».

 

« Je souffre depuis cette affaire »

 

Pour le président de l’Union des Magistrat du Sénégal, Madiambal Diagne a inventé tout ce cirque pour ternir son image. Ce rapport de l’Union Européenne dont il fait état n’existe pas. Il s’est permis de dire que l’Union Européenne a contesté devant l’État du Sénégal. Il a dénaturé le rapport. Ce n’est pas une prise en charge totale, mais partielle. Il a procédé d’un cynisme extraordinaire. C’est de l’acharnement. Son objectif, c’est de créer le doute et de ternir l’image d’une personne. Je souffre depuis cette affaire », a laissé entendre le juge.

 

Reprenant la parole, Madiambal Diagne à Teliko : « Parmi les 400 magistrats qui existent au Sénégal, c’est lui qui a été le seul magistrat cité dans une affaire d’escroquerie avec l’affaire Pape Ndiaye ». Le juge Téliko lui renvoie la balle, vous avez été cité dans une affaire de viol ici dans ce tribunal. Des propos auxquels le journaliste a voulu coûte que coûte apporter une réplique,  mais le juge Ndary Diouf n’a pas accepté.

 

Pour la partie civile, Me Bamba Cissé a lors de sa plaidoirie traité Madiambal Diagne de mercenaire de la plume. « Vous êtes un mercenaire de la plume. Vous êtes quelqu’un que j’affectionne beaucoup, mais vous êtes un mercenaire du pouvoir. Je suis désolé de le dire. Ce sont des comportements à sanctionner jusqu’à la dernière énergie », a regretté la robe noire. Les avocats de la partie civile sollicitent la culpabilité du journaliste Madiambal Diagne et réclament 500 millions de francs Cfa pour réparation du préjudice que leur client (Souleymane Téliko) a subi. Selon eux, l’acte matériel de diffamation est établi. Le représentant du ministère public a requis l’application de la loi.

 

Prenant la parole en premier, Me Abdou Dialy Kane avocat de la défense a fait savoir qu’il n’a absolument rien contre Souleymane Téliko, mais ce sont les magistrats qui sont responsables des délits de presse. 

 

« Si vous entrez en voie de condamnation, vous ne pouvez pas le faire. Pour avoir une décision exemplaire, il faut avoir une procédure exemplaire. Elle n’est pas bonne. Je n’entre pas dans les débats de fond. Me Ciré Clédor est conscient du vice qui entache la procédure. Dans la citation, aucune disposition du code pénal n’a été cité. C’est une violation des droits de la défense. On devait mentionner les dispositions pour asseoir le délit de diffamation. C’est nul », a plaidé l’avocat qui poursuit : « nous sommes en matière de diffamation. La mention de l’organe de presse est indispensable. Madiambal Diagne n’est ni le directeur de publication, ni l’auteur. On ne peut pas le poursuivre pour diffamation, mais plutôt pour complicité. Me Abou Dialy Kane estime que le directeur de la radio et le journaliste de l’émission sont les principaux auteurs. « C’est un régime procédural spécifique. On ne peut pas reconnaître un prévenu coupable dans une procédure viciée. Je demande de l’admettre au bénéfice de la bonne foi », a précisé la robe noire. 

 

Selon Me Baboucar Cissé la citation est nulle. Jusqu’à l’extinction du soleil, vous ne pouvez pas la régulariser. Le certificat indiquant la réception de la citation n’est pas versé dans le dossier. « On ne respecte pas l’article 624 du code de procédure pénale. La procédure est nulle sur plusieurs aspects. La citation a été rédigée le 23 avril, nous l’avons reçue le 28 avril ».

 

L’affaire a été mise en délibéré jusqu’au 17 juin prochain. 

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