Histoire secrète – Comment Abdou Diouf a accepté sa défaite en 2000

Abdou Diouf
Abdou Diouf

« J’aurais voulu continuer, parce que les années d’ajustement structurel commençaient à porter leurs fruits. À mon départ, tous les clignotants étaient au vert, et un certain nombre d’actions avaient été engagées. Mais j’avoue que j’éprouvais aussi une certaine lassitude. Je pensais qu’on pouvait gagner au premier tour. Mais je ne me faisais plus d’illusions au second tour. Et c’est avec soulagement – je ne dirai pas détachement, car j’aime mon pays, je ne peux pas me détacher de ses problèmes – et confiance que j’ai accepté ma défaite. J’ai failli d’ailleurs téléphoner à Me Wade dans la nuit. Puis je me suis ravisé, parce que je voulais en même temps publier un communiqué. Je m’étais fixé une règle : il a gagné, je ne veux plus qu’on entende ma voix, je ne veux plus être sur le devant de la scène.Le matin à 8 heures, je suis allé à mon bureau et je l’ai aussitôt appelé. Je n’ai pas pu le joindre. Après avoir suivi les résultats jusqu’au matin, il devait se reposer. Et puis j’ai insisté : « Même s’il dort, il faut qu’on le réveille ; il faut que je lui parle avant de publier mon communiqué, c’est plus correct. » Je l’ai eu finalement. Il m’a dit qu’il avait la voix un peu cassée… Et je lui ai annoncé ce qui a été repris dans le communiqué. Il a très bien réagi. Et les choses ont suivi leur cours.Nous avons fait une passation de service très rapide, parce que j’étais resté dans ce palais pendant presque vingt ans et j’avais moins de dix jours pour déménager. Alors il fallait tout enlever, être prêt le 1er avril. Et je devais m’occuper de son installation, parce que j’étais le président en exercice. Je devais écrire aux chefs d’État pour qu’ils viennent à la cérémonie d’installation, leur téléphoner pour insister sur leur présence. Et ils sont venus très nombreux. Le 1er avril, je suis parti. J’ajoute une chose très importante : j’ai reconnu sa victoire et ma défaite ; quelques jours après, il est allé rendre visite à ma mère à Louga, ensuite il m’a rendu visite au Palais. C’est en sortant du Palais qu’il a déclaré qu’il me demandait d’aller le représenter au Caire. Il m’a donné son avion. Je l’ai représenté au Caire et je lui ai envoyé le rapport. Et je suis venu à Paris ».Entretien avec Jeune Afrique janvier 2005Thierno Diop

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