Les VDP, cibles des groupes jihadistes.

Plus de 100 civils ont été tués à Solhan, à 14 kilomètres de Sebba, dans le nord du Burkina Faso, par des hommes armés non identifiés. L’attaque s’est produite dans la nuit du vendredi 4 au samedi 5 juin. Les assaillants s’en seraient d’abord pris au poste des Volontaires pour la défense et la patrie (VDP). « Les terroristes se sont rendus dans plusieurs concessions, tirant aveuglément sur leurs occupants », rapporte l’Agence d’information du Burkina (AIB).

 

 

Suite à ce carnage sans précédent dans le nord du pays des hommes intègres, le président Roch Marc Christian Kaboré a décrété 72 heures de deuil national à compter de ce samedi à 00 heure. 

 

Le modus operandi n’est pas inconnu des populations locales confrontées à la furie des groupes armés dans cette partie du pays, appartenant à la zone des trois frontières et où l’insurrection jihadiste s’est développée à partir de 2015. 

 

«Les attaques n’ont jamais cessé dans le nord. On n’en parle que lorsqu’il y a une trentaine ou une cinquantaine,  voire une centaine de victimes comme aujourd’hui. Ce qui est exceptionnel. Mais les attaques sont le quotidien des populations de cette région », rappelle le correspondant de France 24, Kalidou Sy, dans un entretien avec Dakaractu.

 

 

« Les attaques sont le quotidien des populations de cette région »

 

Le Burkina Faso occupe la 7e place des crises les plus négligées au monde, selon le dernier rapport du Conseil norvégien pour les réfugiés. L’Organisation non gouvernementale fait remarquer que la crise humanitaire au Burkina a connu la croissance la plus spectaculaire en 2020. Le même rapport révèle en outre que l’escalade de la violence a doublé dans ce pays et le nombre de personnes déplacées dépasse la barre du million. 

 

Il y a un peu moins d’un mois, un village de Kodyel, toujours dans l’est du pays, a été attaqué par des hommes armés. Cette excursion a fait une trentaine de morts dont deux volontaires pour la défense de la Patrie. Selon Kalidou Sy, correspondant de France24 au Burkina, le chef de village ainsi que 5 membres de sa famille font partie des victimes. Le 16 mai, un groupe de VDP est attaqué au village de Palségué, dans le département de Pissila (Centre-Nord). L’attaque a occasionné la mort de neuf personnes et a été revendiquée par le Groupe de soutien à l’Islam et aux musulmans, affilié à Al Qaida. Ces opérations peuvent aussi être le fait de l’autre groupe rival, proche de l’État islamique. Le 30 mai dernier, deux VDP ont été tués à Noralkinga, dans la province de Soum (région du Sahel). 

 

Comme l’indiquent les faits ci-dessus, à l’image des populations civiles, les Volontaires pour la défense de la Patrie sont dans le collimateur des groupes djihadistes. « Depuis leur création en décembre 2019 les VDP ont été victimes de plusieurs attaques faisant au moins 200 morts dans leurs rangs (source AFP) », documente Kalidou Sy.

 

Les groupes djihadistes indexés 

 

L’attaque de Solhan, la plus meurtrière depuis 2015 au Burkina Faso, n’est pas encore revendiquée. L’État islamique dans le Grand Sahara (EIGS) et le Groupe de soutien à l’Islam aux musulmans (GSIM) sont les deux groupes jihadistes qui sévissent dans la région.

 

 

Mais pour Heni Nsaibia, analyste à ACLED (Armed Conflict Location and Event Data Project), ce qui se passe dans la partie nord et dans l’est du Burkina Faso n’est pas loin d’une campagne anti-VDP menée par le Groupe de soutien à l’Islam et aux musulmans (GSIM) qui ferait suite à la relocalisation des populations de Mansila et environs vers Sebba et Solha. Ces derniers mois, le département de Mansila situé dans la province du Yagha a été le théâtre de nombreux incidents dont les civils constituent les principales victimes. 

 

Créés après l’attaque du convoi de la compagnie minière canadienne dans le centre-nord, les Volontaires pour la Défense de la Patrie (VDP) ont pour mission de renforcer la sécurité dans les villages et leurs secteurs de résidence. Ses membres, âgés au minimum de 18 ans, sont soumis à une formation de 14 jours pour apprendre le maniement des armes. 

 

Les VDP dans le viseur 

 

Un article de Grip.org lu à Dakaractu nous apprend que «  les « missions du volontaire sont de contribuer, au besoin par la force des armes, à la défense et à la protection des personnes et des biens de son village ou de son secteur de résidence, en vertu d’un contrat signé entre le volontaire et l’État ». « Les VDP sont des supplétifs civils de l’armée. Ils recueillent des informations et alertent sur les mouvements des groupes djihadistes… », complète Kalidou Sy. Sous cet angle, les VDP peuvent être perçus comme des cibles à abattre. La fréquence des raids meurtriers dont ils sont victimes peut être expliquée par leur identification à l’appareil de répression étatique. 

 

Mais la dimension communautaire dans la composition de ces VDP ne devrait pas être perdue de vue, comme le souligne le journaliste Kalidou Sy, correspondant de France 24 au Burkina Faso. À l’en croire, dans certaines zones, les Volontaires pour la défense de la Patrie sont dans certaines zones majoritairement composés de Mossi alors que dans les groupes jihadistes, les peulh constituent l’essentiel des membres. « Cela est propice à des affrontements avec une motivation purement communautaire de la part des groupes djihadistes envers les VDP », analyse-t-il.

 

Quoi qu’il en soit, les incidents signalés dans le septentrion burkinabè ces derniers mois ont montré que l’engagement de jeunes burkinabé au sein des VDP est source de plusieurs assauts et a ajouté à l’insécurité qui prévalait dans la région. 

 

Avec ces attaques à n’en plus finir, avec leurs lots de morts, c’est même la machine de recrutement des VDP qui risque d’en prendre un sacré coup de frein. Il appartient aux autorités d’appuyer davantage ces supplétifs qui, de par leur posture, restent très exposés. Pour une rétribution presque symbolique. « L’État accorde également un appui financier de 200 000 francs CFA (304 euros) pour chaque groupe de volontaires formés par village, et chaque volontaire pourra bénéficier d’une prime d’invalidité permanente et d’une prime forfaitaire de décès », écrit à ce sujet Claire Zutterling pour le Groupe de recherche et d’information sur la paix et la sécurité (GRIP).  

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