Sénégal : à quoi vont servir les 775 millions d’euros d’eurobonds ?

Après le Bénin, la Côte d’Ivoire et le Cameroun, c’est au tour du Sénégal d’avoir recours au financement sous forme d’émission obligataire en euros – les fameux « eurobonds ». Le 2 mai, le ministère des Finances sénégalais a en effet annoncé avoir levé 775 millions d’euros d’eurobonds.

Les discussions, qui se sont tenues du 27 mai au 2 juin en visioconférence, ont été conduites par le ministre des Finances et du Budget, Abdoulaye Daouda Diallo. D’autres hauts fonctionnaires – issus des ministères de l’Économie, du Pétrole ou encore des Infrastructures –  ont aussi pris part aux discussions.

Le ministère des Finances parle d’un « succès éclatant » en termes de mobilisation des investisseurs – qui ont été près de 200 à s’engager – mettant en avant un « taux de souscription égal à près de six fois le montant recherché par le Sénégal ».

« L’attraction pour les titres du Sénégal, dans un contexte de crise sanitaire, dénote une grande confiance du marché financier international dans les politiques publiques menées par le président de la République », s’est félicité le ministère des Finances.

Pourtant, le montant annoncé est moins important quand les dernières émissions d’eurobonds. En 2017 puis 2018, le pays de la Teranga avait respectivement levé 1,1 milliard puis 2,2 milliards de dollars. Le Bénin a, quant à lui, levé en janvier 2021, un total de 1 milliard de dollars de financement – avec 125 investisseurs.

L’émission sénégalaise, avec une maturité de seize ans et un taux d’intérêt fixe de 5,375%, a deux objectifs.

Un peu plus d’un tiers (36 %) sera consacré au remboursement d’environ 70 % de l’obligation en circulation – 500 millions de dollars – qui arrive à échéance en 2024. « [Cela] permet au gouvernement de réduire les risques de refinancement au cours des prochaines années en allongeant la durée moyenne de l’encours de la dette », explique à Jeune Afrique Elisa Parisi-Capone, analyste VP-Senior chez Moody’s.

L’autre partie des fonds sera allouée au financement de projets d’infrastructures du Plan Sénégal émergent (PSE) notamment dans le secteur de l’énergie, des transports et de l’assainissement. Parmi ceux-ci, le TER Dakar-AIBD, la réhabilitation du chemin de fer Dakar-Bamako, la rénovation des aéroports secondaires ou encore l’interconnexion électrique entre le Sénégal et la Mauritanie.

« Le démarrage de la production d’hydrocarbures en 2023 soutiendra les perspectives de croissance à moyen terme, mais avec des retombées limitées sur le reste de l’économie. Les risques qui pèsent sur ce scénario sont liés à une pandémie prolongée au Sénégal ou chez ses partenaires commerciaux, avec des répercussions sur la demande extérieure », précise Elisa Parisi-Capone.

L’exploitation des deux principaux gisements d’hydrocarbures du pays – le champ pétrolier offshore Sangomar et le gisement gazier grand Tortue Ahmeyim (GTA), découverts en 2014 – a été retardée à trois reprises. Initialement prévu en 2020, le lancement de la production commerciale devrait débuter fin 2023. Jusque-là, la principale richesse du sous-sol connue était le phosphate.

Ces retards interviennent dans un contexte de relance globale de l’économie post-pandémie de Covid-19. Moody’s rappelle que le Sénégal a accusé une récession de 1,9 % en 2020 par rapport après un taux de croissance de 4,3 % en 2019. Entre 2014 et 2018, le taux de croissance moyen était de 6,5 %.

Malgré des perspectives de croissance de 5,2 % en 2021 et de 6 % en 2022, le poids de la dette reste très important. « Les perspectives négatives reflètent les risques associés au poids relativement élevé de la dette de l’administration centrale, qui devrait atteindre environ 65 % du PIB en 2021, contre 56 % en 2019 », explique l’agence de notation financière, soulignant que la pandémie a exacerbé le mouvement, initié avant le choc, de hausse de la dette.

En réponse à la crise sanitaire et dans le cadre du Plan Sénégal émergent (PSE), le gouvernement a adopté une version ajustée du précédent plan d’actions prioritaires pour 2021-2023 : le PAP2A.

Ce plan a pour principal objectif de stimuler l’investissement privé, de diversifier les moteurs de croissance et de renforcer la résilience économique afin d’atteindre des taux de croissance moyen de 8,7 % sur la période 2021-2023. Ainsi, sur les 22,4 milliards de FCFA du PAP2A, 60 % seront alloués à la transformation structurelle de l’économie.

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