que cherche à prouver l’État islamique ?

La résidence du président de l’Assemblée nationale du Niger, Seinou Oumarou a fait l’objet d’une attaque d’hommes à moto, dans la nuit du vendredi 11 au samedi 12 juin.

Les assaillants ont tué l’un des deux gardes postés devant le domicile et ont essayé de voler le véhicule avant de disparaître dans la nature. Sur le coup, les autorités nigériennes ont pensé à un acte de banditisme. Mais le responsable de la Communication de Seinou Oumarou a confié à RFI qu’il ne serait pas surpris que des jihadistes soient derrière cette expédition. Il n’a pas eu tort, car moins de deux semaines après les faits, l’un des groupes jihadistes qui sévissent au Sahel a revendiqué l’attaque.

« Avec l’aide de Dieu Tout-Puissant, un détachement de sécurité des soldats du Califat a attaqué la maison du Président du Parlement des associateurs du Niger, dans la ville de Niamey, à l’ouest du Niger », a clamé l’État islamique au nom de sa province en Afrique occidentale.

C’est une première pour l’organisation terroriste dans la capitale nigérienne. Jusque-là, elle avait limité ses actions dans la périphérie. La seule tentative qui avait visé réellement l’aéroport de Niamey, remonte au 14 janvier et s’est soldée par un échec, rappelle Héni Nsaibia, analyste pour l’ONG ACLED.

Avec l’attaque du vendredi 11 au samedi 12 juin, l’Ei semble passer à une vitesse supérieure. Qui plus est, en s’en prenant à la résidence d’une personnalité aussi élevée que le président de l’Assemblée nationale. Pour Wassim Nasr, journaliste à France24 et spécialiste des groupes djihadistes, l’EI démontre une réelle capacité de frapper au cœur de Niamey. Dans la revendication diffusée ce mardi 22 juin, l’organisation terroriste attribuait l’attaque à une cellule sécuritaire.

Selon Wassim Nasr, cela signifie qu’on n’est pas devant une incursion menée de l’extérieur mais bien une action menée par une cellule qui s’est constituée en ville.

Cependant, la difficulté pour beaucoup d’analystes est de déterminer laquelle des branches sahélienne ou nigériane est derrière cette démonstration. Depuis 2019, les actions de l’ex EIGS (Etat islamique dans le Grand Sahara) sont revendiquées au nom de la province en Afrique occidentale. Mais la zone, l’ouest nigérien, où s’est produit l’incident du vendredi à samedi tranche en faveur de la franchise sahélienne pendant que l’autre faction est confinée dans le nord-est nigérian et dans le Bassin du Lac Tchad. 

Le contexte de la revendication n’est pas anodin et fait dire à Wassim Nasr que c’est un message envoyé aux autorités nigériennes. Depuis quelques jours, l’armée nigérienne et Barkhane ont déclenché l’opération « Tangame » dans le sud-ouest à la frontière avec le Mali et ont réussi de grands coups contre l’ex EIGS. Le 11 juin, le jour de l’attaque du domicile du président du parlement nigérien, Dadi Ould Chohaib ou Abou Darda Inarabane, un haut cadre de l’ex EIGS a été capturé par Barkhane, dans le sud de Ménaka, dans le liptako malo-nigerien.

Le 15 juin, toujours dans le sud de Ménaka, Al Mahmoud Ag Baye dit Ikeray, l’un des djihadistes recherchés par les États-Unis pour leur responsabilité dans la mort de quatre bérets verts américains à Tongo-Tongo en octobre 2017, dans la région de Tillabéry, au Niger, a trouvé la mort dans un accrochage avec les soldats français et nigériens.

Maintenant, il sera important de découvrir la réponse de Niamey à cet affront de l’État islamique. Les autorités nigériennes baisseront-elles la pression sur le groupe terroriste ou augmenteront-elles la dose pour mettre en déroute un groupe qui a donné du fil à retordre non pas à un seul pays, mais au moins à trois pays dans le Liptako-Gourma, avec des centaines de victimes civilo-militaires.

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