Au tribunal, les « robes noires » se déchirent, puis flottent ensemble

Au cours des derniers mois, les noms d’oiseaux ont volé par tribunes interposées, « laissant des traces pour longtemps », aux dires des uns et des autres. Le Barreau s’était même inquiété de ce climat délétère qui s’installait peu à peu entre avocats constitués partie civile et défense dans l’affaire Sonko-Adji Sarr.
Après des mois d’adversité, Mes Abdou Dialy Kane et Bamba Cissé, « deux avocats qui s’apprécient mutuellement », tentent de s’unir pour défendre Waly Seck, face à ses détracteurs qui le lient à la communauté Lgbt. Le temps est désormais à la paix, les « inimitiés » nées lors des précédentes plaidoiries sont conjuguées au passé.
Ensemble, les deux conseils vont poser les premiers jalons allant dans le sens de faire poursuivre ceux qui accusent le chanteur de faire la promotion de l’homosexualité au Sénégal.
Le journal L’Obs nous apprend que le «faramareen» en chef s’est déjà réuni avec Me Kane et Cissé « pour identifier ses détracteurs ». Après s’être « chamaillés » au procès opposant Madiambal Diagne au magistrat Souleymane Teliko, où l’un était l’adversaire de l’autre, ils se chargeront de rédiger des citations directes et plaintes qui seront servies à une dizaine de sites internet et des personnes physiques par le biais d’un huissier de justice. Ils vont se partager un café, se partager les rôles. Comme de si rien n’était !
Leurs confères ont encore en tête le procès opposant Madiambal Diagne à Souleymane Téliko, devant le TGI statuant en matière correctionnelle, où, en désaccord sur des exceptions de nullité, les piques et répliques entre Me Bamba Cissé et Me Dialy Kane, avocat de la partie adverse, ont fait le sel du procès.  
C’est une manière caricaturale d’afficher une adversité expurgée des règles de bienséance pour des hommes passionnés par le même métier, où s’affrontent les envies de victoires. D’ailleurs, si le respect mutuel s’observe nettement entre les deux conseils, il existait il y a déjà plusieurs années, dans l’affaire de la caisse d’avance, quand l’un s’était constitué aux côtés de l’autre, pour défendre les prévenus Khalifa Sall et Mbaye Touré.
« Les uns et les autres font preuve de solidarité lorsqu’ils sont ensemble, et d’adversité lorsqu’ils sont adversaires. C’est pour vous dire que les occasions de rivalité ne manquent pas, pour plusieurs raisons », explique un avocat inscrit au Barreau de Dakar.
Autrement dit, les rapports entre confrères avocats sont ambigus depuis très longtemps : solidarité et opposition coexistent. Ou bien sûr, ils sont codifiés par rapport aux intérêts du moment.
Entre Me Baboucar Cissé et Me El Hadj Diouf, l’un peut en témoigner après avoir été la cible d’une intervention virile de l’autre. Leur duel renvoie à une adversité « circonstancielle » naissante au procès Khalifa Sall, en 2015.
Etant profane en la matière, faut-il s’étonner de voir son avocat être ensemble avec l’avocat de l’adversaire pour une autre affaire ? « Cela surprend et choque même parfois les justiciables concernés », reconnaît Lawrence Muller, dans ses chroniques sur justice-en-ligne.be. Avant d’ajouter : « Il est un fait que de par la nature même de leur profession, les avocats se retrouvent face à face devant les cours et tribunaux ».
 
 Mais même s’ils se chamaillent à l’occasion d’un procès, ce qui arrive aussi, estime le professeur, le fait pour des avocats d’être ensemble après dans un autre dossier n’est que la manifestation d’un élémentaire savoir-vivre.
Il assure que ce n’est pas parce qu’ils défendent des parties en conflit que les avocats de ces parties doivent être en conflit entre eux. Et reconnaît qu’à l’audience, les avocats défendent les intérêts de leurs clients respectifs, mais n’épousent pas la cause de ceux-ci.
« Il est des procès dans lesquels le différend qui les oppose n’empêche pas les parties de se parler, voire de se serrer la main. » Ou trouver un accord à l’amiable…

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