« Gilets jaunes » : sur les Champs-Elysées dévastés, au lendemain de l’acte XVIII

Habitants et commerçants de la prestigieuse avenue de l’ouest parisien constataient l’ampleur des dégâts, dimanche, tandis que l’opposition attaque le gouvernement.

Incendies, saccages de magasins, véhicules brûlés, pillages, affrontements avec la police. Samedi 16 mars, la mobilisation des « gilets jaunes » a renoué avec la violence, au cœur du secteur le plus cossu de la capitale. Des boutiques de luxe, des banques et la brasserie Le Fouquet’s, une cible symbolique, toujours associée à la fête organisée pour la victoire de Nicolas Sarkozy au second tour de l’élection présidentielle de 2007, ont été attaquées.

En tout, deux cents personnes ont été placées en garde à vue lors de l’acte XVIII de la mobilisation des « gilets jaunes » à Paris qui a rassemblé plus de dix mille manifestants dans la capitale en parallèle de la « Marche du siècle » sur le climat, bien plus suivie.
Dimanche, l’heure était au bilan, aux réparations et aux photos souvenirs, alors que les stigmates des affrontements de la veille étaient toujours visibles.

Quatre-vingts enseignes endommagées
Selon le Comité Champs-Elysées, une association de promotion de la célèbre avenue parisienne, quatre-vingts enseignes ont été touchées lors de la manifestation de samedi, dont une vingtaine ont subi pillages ou départs d’incendie. Parmi les commerces les plus touchés : la maroquinerie Longchamp, le chocolatier Jeff de Bruges, ainsi que le magasin du fabricant chinois de smartphones Xiaomi, inauguré mi-janvier.
Dimanche matin, de nombreux ouvriers étaient à pied d’œuvre, perceuses à la main, pour installer des planches sur la devanture des magasins de luxe et autres commerces de l’avenue. Les touristes et les badauds se succédaient pour examiner les dégâts, photographiant avec leurs téléphones les façades vandalisées.

Les commerçants demandent à être reçus à Matignon
D’après un vigile cité par l’Agence France-Presse, toutes les boutiques ont été gardées au cours de la nuit par des agents appelés dans la soirée. Le Comité Champs-Elysées a demandé à être reçu à Matignon.
« Il y a eu un déferlement de violence, on se remet du chaos. On tente de rassurer les salariés, et puis on pense aux habitants bien sûr », déplore Jean-Noël Reinhardt, son président. Il faut que les pouvoirs publics mettent un terme à cette situation (…). En cumulé, on a eu trente-cinq samedis et dimanches marqués par des perturbations. »
Au croisement de l’avenue Franklin-D.-Roosevelt et de la rue du Colisée, une agence bancaire a été incendiée. Le feu ayant gagné les appartements situés aux étages supérieurs, les pompiers ont dû évacuer en urgence une femme et son bébé.

La plaque commémorative de Xavier Jugelé vandalisée
La plaque commémorative posée sur les Champs-Elysées en hommage au policier Xavier Jugelé, assassiné par un djihadiste sur l’avenue le 20 avril 2017, a également été vandalisée par des manifestants qui y ont inscrit un signe anarchiste. « C’est particulièrement écœurant, comme tout ce qui s’est passé lors de la journée d’hier, s’est ému Loïc Lecouplier, secrétaire national adjoint Paris du syndicat Alliance Police nationale. Le niveau politique de ces gens est proche de zéro. Xavier Jugelé était un policier républicain assassiné par un terroriste. »

Le gouvernement sous le feu des critiques
Le gouvernement se trouve sous le feu des critiques après ce regain de violence, inédit depuis les épisodes agités de décembre. Dans l’opposition, certains, comme François-Xavier Bellamy, tête de liste Les Républicains aux élections européennes, dénoncent un prétendu « laxisme sécuritaire » de la part des autorités.

Marine Le Pen, du Rassemblement national (ex-Front national), a demandé la dissolution de groupes « d’ultragauche ». Le président de la région des Hauts-de-France, Xavier Bertrand, s’est de son côté interrogé sur la réaction de la police aux violences : « Pourquoi les forces de l’ordre ne sont pas intervenues, quelles consignes ont été données ? »

A gauche, le premier secrétaire du Parti socialiste, Olivier Faure, a déclaré : « Oui, il y a une nécessité de maintenir l’ordre, mais au-delà il y a quand même une question centrale, et moi je ne voudrais pas que le gouvernement utilise la question sécuritaire pour esquiver, escamoter, un autre débat, qui est le débat social. »
Dimanche, des personnalités de la majorité, comme la ministre des solidarités et de la santé, Agnès Buzyn, ou la ministre des affaires européennes, Nathalie Loiseau, ont dénoncé des « propos polémiques », des réactions relevant de « la politique politicienne ». Mme Loiseau a également déclaré que « la responsabilité [était] d’abord celle des casseurs, celle des violents, et de tous ceux qui ont laissé faire. J’attends que des porte-parole des “gilets jaunes” dénoncent la violence commise pendant les manifestations ».
lemonde.fr

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