[Série pont Sénégambie]: le déclin économique de la ville de Farafenni (3/3)

[Série pont Sénégambie]: le déclin économique de la ville de Farafenni (3/3)

Dernier épisode de notre série de reportages consacrés au pont Sénégambie qui change la vie des Gambiens et des Sénégalais depuis un an. Inauguré le 21 janvier 2019, le pont Sénégambien enjambe le fleuve Gambie et permet de relier facilement le sud du Sénégal au nord. Il remplace l’ancien ferry qui nécessitait d’attendre de longues heures avant de traverser voire plusieurs jours pour les chauffeurs routiers. Cette attente forcée avait fait naître de nombreux commerces le long de la route et dans la ville de Farafenni. Depuis l’ouverture du pont, la ville est en déclin.

Les cabanes en taule ont pris la couleur ocre de la terre battue comme si elles voulaient se faire oublier. La rouille a gagné ces dizaines de baraquements abandonnés, alignés le long de la route qui menait à l’ancien ferry. Présent depuis une quinzaine d’année, Mamadou Diallo, vendeur guinéen, fait de la résistance sous son parasol : « Je vendais des bonbons, des biscuits, des gâteaux, tout ça. »

Pour Mamadou Diallo, le pont Sénégambien fait de l’ombre à son commerce : « Ce n’est pas bon pour nous. C’est bon pour les passagers. Il y a déjà beaucoup de vendeurs qui sont partis d’ici pour le Sénégal, Banjul ou d’autres villages. »

Sur la rive sud, en arrivant de Soma, les vendeurs sont plus nombreux. Sur sa petite table Alieu Diallo présente des pots de mayonnaise montés en pyramide. Il s’est installé peu avant l’inauguration du pont en janvier 2019. Les affaires ne sont pas bonnes : « Parfois on montre notre marchandise aux clients mais ils refusent d’acheter. Certains ne nous considèrent même pas. »

Tous les vendeurs identifiés comme tels ont reçu une compensation, assure le ministère gambien des Transports. Un marché est en cours de construction à Soma, sur la rive sud, pour les accueillir. Mais dans l’attente, Momodou Lamin Jeng, ancien conseiller municipal, s’inquiète pour ses concitoyens : « La plupart des gens ici vous diront que le pont leur a fait du tort économiquement. Beaucoup d’entre eux travaillent dans le commerce de détail, dans l’alimentaire. Donc les revenus de nombreuses personnes, en particulier les femmes, dépendent de cette activité à Farafenni. »

Ouvert à toute heure du jour et de la nuit, le pont fait aussi du tort aux maisons d’hôte de Farafenni comme celles gérées par Omar Mbye : « Avant, les gens s’arrêtaient ici pour la nuit après la fermeture du ferry. Je recevais beaucoup de clients dans mes maisons d’hôtes. Mais depuis que le pont est ouvert ils n’ont plus de raison de s’arrêter ici, et ça ce n’est pas bon pour moi. »

Le 12 mars, lors du dernier conseil présidentiel sénégalo-gambien, les deux chefs d’État se sont engagés à ouvrir leur frontière commune nuit et jour. Une occasion en moins pour Farafenni de garder les voyageurs captifs le temps d’une nuit.

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